Parlons-en (9) – Pour une écologie populaire

Sauver la planète est devenu aujourd’hui un objectif largement partagé. Mener à bien la transition écologique et électrique également. Toutefois une double question surgit immédiatement : Comment y parvenir ? Qui en paiera le coût ?

Haro sur les bas et moyens revenus

Répondre à la première question n’est pas difficile : il faut dégager des ressources nouvelles et investir massivement dans la transition. Dit autrement, des taxes nouvelles à vocation « écologique » doivent être prélevées. C’est ce qu’ont fait Michel-De Wever en Belgique ou Macron en France. Résultat : on taxe lourdement le diesel et un peu moins lourdement l’essence sans plomb.

Mais – c’est la seconde question – sur qui vont porter ces augmentations de taxe ? Essentiellement, sur celles et ceux qui sont obligés de parcourir des distances parfois très longues pour se rendre à leur travail et n’ont pas la possibilité d’emprunter les transports en commun.

De plus, circonstance aggravante, le produit de ces taxes « climatiques » ou « écologiques » est pour la plus grande part utilisée à des fins d’équilibre budgétaire. Par exemple, en France, 10% seulement des revenus procurés par la taxe sur le diesel sont affectés aux consommateurs. Pas étonnant dans ces conditions que la hausse des prix du carburant soit directement à l’origine du mouvement des gilets jaunes.

Finalement, ce sont donc les bas et moyens revenus qui supportent ces impôts nouveaux. C’est la même chose, par exemple, pour la taxe carbone sur l’électricité. En effet, tout un chacun doit nécessairement consommer de l’électricité. Cependant, les ménages aux revenus modestes ou faibles consacrent une part plus importante de leurs dépenses pour l’éclairage ou le chauffage. Ils sont donc davantage touchés que les hauts revenus par cette taxe.

Bref, nombre de mesures « climatiques » ont un effet régressif, parce qu’elles affectent bien plus les bas et moyens revenus que les nantis. La bonne démarche consiste à faire l’inverse, c’est-à-dire à adopter une approche progressive qui vise les hauts revenus.

Quelques mesures progressives

On peut retenir, dans un premier temps, trois mesures qui ont véritablement un caractère progressif.
1. Introduction d’une taxe sur le kérosène. Tout le monde n’a pas la possibilité de s’offrir un voyage en avion tous les mois ou toutes les semaines ni non plus de se payer une « business class ». Loin de là ! Une telle taxe met donc à contribution essentiellement les ménages à haut revenu.
2. Développer les investissements publics dans l’isolation des logements sociaux ou encore des transports en commun. Il est bien connu de ce point de vue que la SNCB souffre d’un déficit chronique d’investissement, notamment en matière de modernisation du réseau ferroviaire ou d’achat de nouveau matériel. La condition pour mettre en œuvre un tel plan, c’est évidemment de rompre avec l’austérité forcenée imposée par le gouvernement N-VA/MR.
3. Utiliser une partie des ressources procurées par les politiques climatiques pour procéder à des transferts en direction des ménages les moins aisés.

On l’a compris, toutes ces mesures ont un caractère progressif, parce qu’elles favorisent les revenus bas et moyens. Mais la mesure la plus efficace à ce point de vue consiste à revoir de fond en comble le système de l’Impôt sur les Personnes Physiques (IPP) et sa progressivité.

Une révolution fiscale

Le système d’imposition des personnes propre à la Belgique est nocif, parce qu’il est foncièrement inégal et qu’il pénalise avant tout les bas revenus et la classe moyenne. En effet, la progressivité de l’impôt s’arrête à 38 080€ ; dès lors, au-delà de ce montant, que vous gagniez 50 000€ ou 500 000€, vous serez taxé au même taux de 50% sur la tranche supérieure à 38.080€. Dans ces conditions, c’est une révolution fiscale qui est nécessaire et non quelques aménagements de détail !

Cette transformation complète est décrite dans le texte programmatique « Ce que propose Wallonie Insoumise ». Pour rester bref, le nouveau système d’imposition se différencie de l’ancien à trois grands points de vue :
1. nul impôt n’est dû sur un revenu annuel inférieur à 10 000 euros ; la taxation commence à partir de la tranche de 10 000 à 25 000 euros et un taux (faible) de 15% lui est directement applicable.
2. une « super tranche » allant de 25 000 à 70 000 euros est introduite sur laquelle le taux de prélèvement est de 30 pour cent.
3. deux tranches nouvelles portant sur les hauts revenus – soit 70 000€ à 150 000€ et au-delà de 150 000 euros – sont créées ; les taux marginaux associés sont respectivement de 50 et de 55 pour cent.

Pour compléter cette révolution fiscale, il est nécessaire d’introduire également un impôt sur la fortune « à la Piketty », c’est-à-dire qui soit lui-même très progressif. Par exemple, entre 1 et 5 millions d’euros, on applique un taux de 0,5%, entre 5 et 10 millions de 1%, etc.

Les solutions ne manquent donc pas. C’est plutôt la volonté de les mettre en œuvre qui fait défaut…

31 janvier, 2019

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