Parlons-en (21) – PS: la guerre des chefs

Le 26 mai 2019, le PS a réalisé le plus mauvais score de son histoire : ainsi, en Wallonie, il obtenait 26,12% des voix, soit une perte de 8,5% par rapport à 2014. Sur ce recul se greffe de surcroît l’opposition entre l’homme de Mons, Elio Di Rupo, et celui de Charleroi, Paul Magnette.

Rétroactes

Le conflit entre les deux hommes ne date pas d’aujourd’hui. Le premier épisode révélateur de cet antagonisme larvé a lieu le lundi 3 décembre 2018. Quelques jours plus tôt, le Président en titre du PS avait annoncé, seul comme un grand, qu’il serait tête de liste aux législatives dans le Hainaut. Magnette le critique alors explicitement dans le journal Le Soir « sur la forme plus que sur le fond ». Dans le parti, la colère monte d’autant plus que l’homme fort de Charleroi réussit à s’attacher l’appui de Jean-Claude Marcourt et de la fédération de Liège du PS. Finalement, un compromis intervient ce fameux lundi dans le secret du Bureau du parti : Di Rupo concède à Magnette la tête de liste aux européennes et s’engage à quitter la présidence une fois la formation des différents gouvernements achevée.

La campagne électorale peut alors commencer avec Di Rupo comme président et Magnette comme porte-parole. Les résultats – mauvais pour le PS, on l’a précisé – constituent un véritable casse-tête, en particulier pour la constitution du gouvernement fédéral. En gros, si les partis flamands CD&V et OpenVLD lient leur sort à celui de la N-VA, il ne subsiste plus qu’une seule coalition possible : la « bourguignonne » associant les libéraux des deux bords linguistiques, le SPA flamand plus la N-VA et le PS. Cet assemblage ainsi appelé en fonction des couleurs des armoiries des ducs de Bourgogne (le rouge, le bleu et le jaune !), dispose de 80 sièges sur 150 ; il pourrait éventuellement s’élargir au CD&V, auquel cas il rassemblerait 92 sièges. La difficulté réside évidemment dans le fait de réunir à la fois le PS et le parti nationaliste flamand dans un même gouvernement. En effet, le second veut mettre sur la table le confédéralisme, alors que le premier n’en veut absolument pas et réclame à cor et à cris du social, rien que du social.

Le résultat des courses, c’est que la constitution du gouvernement fédéral n’en est encore nulle part et que le duo formé par les informateurs royaux Didier Reynders et Johan Vande Lanotte peine à réunir les composantes potentielles de la bourguignonne. Pour rappel, ledit duo avait été installé le 30 mai, il y a presque 100 jours ! Il vient d’ailleurs d’être reconduit ce lundi jusqu’au début d’octobre au moins.

Di Rupo à la manœuvre

En réalité, pour la N-VA, s’associer au PS est lourd de dangers. Si elle n’obtient pas au moins de petites avancées en matière de confédéralisme, elle sera littéralement déshabillée par le Vlaams Belang lors des prochains scrutins. Le PS pour sa part a pilonné le parti nationaliste pendant cinq longues années sous le gouvernement Michel. S’allier à présent avec lui, même temporairement, s’avérerait électoralement un quasi-suicide. C’est l’existence-même du PS qui est en jeu. Rien de moins.

Le problème est qu’aucun des deux larrons ne peut et ne veut porter la responsabilité de l’échec. En conséquence, l’un et l’autre amusent la galerie tout en cherchant à gagner du temps. Magnette et Di Rupo sont de ce point de vue sur la même longueur d’onde – éviter absolument une coalition incluant les nationalistes –, même s’ils se marquent mutuellement à la culotte. Ainsi, par exemple le 13 juin, le président ouvrait la porte à une négociation avec la N-VA avant de se rétracter le soir-même sous l’amicale pression de son porte-parole. Il paraît même qu’à cette occasion, l’inamovible (jusqu’à ce jour) président aurait été mis en minorité au sein de son propre Bureau, conséquence directe de l’alliance entre Magnette et les « Liégeois ». (Charleroi plus Liège, cela donne une majorité dans le parti à la rose.)

Mais tout cela n’était encore qu’escarmouches. Di Rupo a en effet repris la main durant cet été. C’est lui qui mène les négociations pour la formation des gouvernements wallon et de la communauté française. Les choses paraissent bien avancer à cet égard, puisque PS, MR et Ecolo ont abouti à un accord ce lundi. Il se pourrait même que la divine alliance, au plan wallon, entre les rouges, bleus et verts voit le jour cette semaine encore.

Son plan ? Probablement prendre le poste de Ministre-Président pour lui-même et mettre de côté Marcourt, qui avait affirmé être candidat à ce même poste. Ce dernier paiera ainsi le prix de son soutien à Magnette. Au passage, Di Rupo pourrait même s’offrir le luxe de nommer ministre wallon l’un ou l’autre Liégeois, par exemple Frédéric Daerden ou encore Christie Morreale. Histoire d’enfoncer un coin supplémentaire dans une fédération qu’il ne porte pas dans son cœur.

Refiler la patate chaude

Mais ce n’est pas tout. Di Rupo aurait en effet intérêt à pousser son avantage plus avant. En devenant Ministre-président, il pourrait faire miroiter la présidence à son rival tout en refilant la patate chaude des négociations fédérales au couple Magnette-Marcourt. A charge pour ces derniers de se coltiner à la N-VA. On verra alors ce que l’on verra, Di Rupo s’en lavant les mains !

Supputations que tout cela ? Analyse plutôt, mais de toute façon il ne faudra plus que quelques jours pour y voir clair. Un peu de patience donc.

13 septembre, 2019

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