Parlons-en (26) – 2020 en vue et toujours pas de gouvernement

Parlons-en (26)

2020 en vue et toujours pas de gouvernement !

Le 18 décembre 2018, Michel, alors premier ministre d’une coalition suédoise associant principalement la N-VA et son propre parti, remettait sa démission au roi. Il avait pourtant tout tenté pour se maintenir au pouvoir, négociant tour à tour avec son ancien partenaire N-VA puis avec les socialistes. Sans succès. Il eut été alors logique d’organiser des élections législatives anticipées, mais tous les partis étaient unis dans leur volonté de ne pas demander à l’électeur de se prononcer. En conséquence, depuis ce 18 décembre, n’existe plus qu’un gouvernement fédéral en affaires courantes.

Puis vinrent les élections…

Les élections du 26 mai 2019 ont représenté un véritable coup de tonnerre dans le ciel belge et flamand : en particulier, le Vlaams Belang (VB) décrochait pas moins de 18 députés, soit une progression de 15 sièges, devenant ainsi le deuxième parti de Flandre et le troisième au plan belge. Si l’on additionne les sièges de la N-VA et ceux du VB, on obtient un total de quarante-trois, soit la majorité dans le groupe flamand, à une voix près.

La conséquence de ce grand chambardement, c’est qu’une seule coalition disposerait d’une majorité au fédéral ainsi qu’en Flandre et en Wallonie : la « bourguignonne », ainsi nommée parce qu’elle associerait le bleu des libéraux, le rouge des socialistes et le jaune de la N-VA. Évidemment, former un tel attelage nécessite de mettre d’accord et la N-VA et le PS. C’est sur cette piste qu’ont travaillé les deux informateurs Johan Vande Lanotte et Didier Reynders, puis les « préformateurs » Geert Bourgeois (N-VA) et Rudy Demotte (PS). Manifestement, la sauce n’a pas pris et le duo lui-même était parvenu à une conclusion très claire : « Les divergences de fond sont telles que qu’elles ne permettent pas d’engager une phase suivante bâtie autour de ces deux partis. Nous considérons notre mission comme achevée. »

Magnette prit alors le relais. Tout en feignant de parler avec les dix partis – y compris donc la N-VA – susceptibles d’entrer dans une éventuelle coalition, il privilégia l’arc-en-ciel, c’est-à-dire une alliance entre les rouges (PS et SPA), les verts (Ecolo et Groen) et les bleus (MR et Open VLD), éventuellement élargie au CD&V. La difficulté avec cette formule tient au fait qu’elle est minoritaire en Flandre : même en y incorporant le parti chrétien flamand, elle ne dispose en effet que de 41 sièges sur 87.

Finalement, Magnette dut jeter l’éponge, essentiellement parce que ni l’Open VLD ni le CD&V n’ont voulu, à ce stade, se « déscotcher » de la N-VA. Entrèrent alors en piste, au titre d’informateurs, les tout nouveaux présidents de parti, Coens (CD&V) et Bouchez (MR).

Vivaldi

Ce duo présidentiel a été installé le 10 décembre, puis reconduit dans sa mission le 20 décembre. Il doit remettre son rapport au plus tard le 13 janvier, après la trêve des confiseurs. Sur leur mission proprement dite, les informateurs sont particulièrement discrets. Selon leurs dires, ils ne ferment aucune porte et discutent avec tous les partis candidats à un maroquin ministériel, N-VA et PS inclus. Cependant, lors de leur conférence de presse du 20 décembre – les journalistes ne pouvaient poser aucune question, c’est tout dire ! –, ils ont tenté de lever un coin du voile. Dehors l’arc-en-ciel et la bourguignonne. « La seule solution possible se situera au centre si on veut réunir une majorité parlementaire suffisante », dixit Bouchez.

Simple question : qu’est-ce qu’un gouvernement du centre avec une majorité suffisante ? Brièvement et sans tourner autour du pot, c’est une resucée de l’arc-en-ciel, élargie aux chrétiens du CD&V et du CDH – ce dernier sigle ne signifie-t-il pas Centre Démocrate Humaniste ? Nos deux informateurs doivent donc amadouer les deux compères « centristes » de telle sorte qu’ils acceptent d’entrer dans une coalition arc-en-ciel qu’on rebaptisera pour la circonstance Vivaldi.

Immédiatement, on posera la question : que vient faire l’auteur de l’opéra des quatre saisons dans cette histoire ? La réponse tient en deux temps. D’abord, le CD&V n’aime pas l’arc-en-ciel, un gouvernement qui fut présidé par Verhofstadt et dont les chrétiens étaient exclus ; ensuite, les quatre saisons désignent précisément la couleur des alliés potentiels : l’hiver avec le bleu libéral, le printemps avec le vert écolo, l’été est le rouge socialiste, tandis que l’automne orange est la couleur du CD&V. On pourrait même inclure le nain CDH (5 députés !) dans cet attelage de sept partis.

A moins que finalement, la bourguignonne ne soit à nouveau à l’ordre du jour. Il paraît que Magnette rencontre encore et toujours Bart De Wever… Chut, ne l’ébruitez pas.

Du sur place

Au total, depuis le 26 mai, rien ou à peu près, n’a bougé. Deux formules gouvernementales et deux seulement sont possibles : la bourguignonne, partout majoritaire, et l’arc-en-ciel/Vivaldi, minoritaire en Flandre. Ce qui était vrai il y a sept mois, l’est encore aujourd’hui. Bref, on a fait du sur place durant toute cette période…

Moralité : la Belgique était et reste ingouvernable !

28 décembre, 2019

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